Réouverture du PEQ en 2026 : ce qui change pour les immigrants au Québec

Le Québec rouvre le PEQ pour deux ans dès le 2 juillet 2026. Phases d'admission, conditions, chiffres et réactions : tout ce qu'il faut savoir sur la relance.

12/6/2026

Après des mois d'incertitude et une abolition qui avait provoqué une onde de choc chez des milliers d'immigrants temporaires, le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) revient dès le 2 juillet 2026. Le gouvernement de Christine Fréchette a confirmé sa réouverture pour une période de deux ans. Mais derrière l'annonce, une mécanique par phases qui laisse encore beaucoup de questions en suspens et beaucoup de familles dans l'attente.

Ce qui change concrètement

Le PEQ avait été aboli le 19 novembre 2025, au profit du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Une décision vivement critiquée par les milieux économiques, les municipalités et, bien sûr, les premiers concernés : les travailleurs et étudiants étrangers qui voyaient s'évanouir une voie rapide vers la résidence permanente.

Le ministre de l'Immigration, François Bonnardel, a dévoilé les modalités de la relance. L'élément central : la réouverture ne se fera pas d'un seul bloc, mais en plusieurs vagues successives.

Une première vague, sans plafond

Du 2 juillet au 31 octobre 2026, le programme s'ouvre d'abord aux personnes qui remplissaient déjà tous les critères au moment de l'abolition. Concrètement, cela vise :

  • les diplômés d'un établissement québécois
  • les travailleurs justifiant d'au moins deux ans d'expérience au cours des trois dernières années, en date du 19 novembre 2025

Bonne nouvelle pour ce premier groupe : cette vague se fera sans plafond d'admission. Le ministère estime qu'entre 8 000 et 12 000 personnes pourraient être admissibles.

Des phases ultérieures encore floues

D'autres vagues devraient suivre pour les immigrants qui n'avaient pas encore coché toutes les cases au moment de l'abolition, mais qui étaient en bonne voie de le faire. Le calendrier et les critères de ces prochaines phases restent toutefois indéfinis : ils dépendront du volume de demandes reçues lors de la première vague.

Les conditions à connaître

Avant de se réjouir trop vite, quelques points méritent l'attention.

Il faut résider au Québec. C'est la condition incontournable. Le ministre l'a rappelé sans détour : ceux qui ont déjà quitté le pays vers la France, le Maroc ou ailleurs ne peuvent pas déclarer leur intérêt à distance. Une porte de sortie existe toutefois : ces personnes pourraient revenir au Québec pour déposer leur demande, à condition d'avoir rempli les critères à la date butoir.

La cible d'immigration reste stable. Québec maintient son objectif de 29 000 immigrants économiques par an, qu'il prévoit de répartir à peu près également entre le PSTQ et le PEQ.

Des discussions sont en cours avec Ottawa pour que les permis de travail des candidats restent valides le temps que leur dossier soit traité : un enjeu majeur pour éviter que des gens perdent leur statut en cours de route.

Le grand écart des chiffres

Un point a fait sourciller plus d'un observateur : l'écart vertigineux entre la prévision actuelle (8 000 à 12 000 candidats) et les projections antérieures du ministère, qui évoquaient jusqu'à 125 000 personnes potentiellement concernées par la clause de droits acquis promise pendant la course à la direction de la CAQ.

Interrogé sur cette différence, le ministre a évoqué des estimations « à très haut niveau » qui seraient désormais plus précises. Une explication qui n'a pas convaincu tout le monde, certains juristes estimant que le gouvernement a longtemps surestimé l'ampleur du programme, alimentant au passage des inquiétudes inutiles.

Sur le terrain : soulagement, prudence et amertume

Au-delà des chiffres, ce sont des trajectoires humaines qui se jouent.

Pour certains, le retour du PEQ est une bouffée d'air. Une mère monoparentale arrivée du Brésil, qui a investi 16 000 $ dans une formation professionnelle au Québec, compte déposer sa demande même si l'inquiétude demeure. Son attachement est sans équivoque : sa fille et toute sa vie sont désormais ici.

Pour d'autres, l'annonce arrive trop tard. Une famille française installée depuis cinq ans avait déjà acheté ses billets de retour et expédié ses effets personnels. Leur constat est amer : sans certitude d'être admis, l'attente était devenue trop éprouvante pour rester.

Les collectifs qui défendent les « orphelins du PEQ » parlent d'une victoire en demi-teinte. Leurs craintes : que les personnes à qui il manquait quelques jours ou quelques mois restent exclues, et que de nombreuses zones grises persistent : tests de français expirés, sort des personnes ayant perdu leur emploi, renouvellement des permis pendant le traitement.

Comme le résume une porte-parole, on espérait une ouverture franche sur deux ans : on obtient une fenêtre de quatre mois, assortie de la promesse de phases ultérieures. Or, des promesses, ce dossier en a déjà beaucoup connu.

Du côté patronal, le ton est plus favorable, mais les employeurs préviennent : il faudra accroître les admissions des travailleurs déjà présents pour éviter un goulet d'étranglement, et prévoir des mesures transitoires pour que personne ne perde son droit de séjour ou de travail en cours de processus.

En résumé

La réouverture du PEQ corrige une décision largement contestée et redonne espoir à des milliers de personnes. Mais en optant pour une approche par phases, au calendrier encore incertain, le gouvernement laisse planer le doute sur le sort de tous ceux qui se situent à la marge des critères.

Pour beaucoup de familles, l'avenir au Québec reste suspendu à une question simple : la prochaine porte s'ouvrira-t-elle vraiment, et à temps ?